Opinion : Touba dans la littérature des réseaux Autocritique d’un déconfiné (Par Bass Bakhoum)

Beaucoup dans les forums et sur les réseaux sociaux se demandent pourquoi nous parlons toujours de Touba. En mal particulièrement. La Réponse est simple. Nous avons dormi sur ce que nous pensions être des lauriers, quand le colonisateur nous a laissé un Sénégal centré sur Dakar, Saint Louis et deux ou trois autres agglomérations urbaines secondaires. A notre réveil bien tardif, c’est une lumière peu ordinaire qui nous tourmente. Confinés dans des certitudes dont nous n’avons aucune compréhension des soubassements, nous avons choisi de rester dans notre rêve éveillé de ralentir la marche de Touba.

La cause est perdue, nous le savons mais il nous faut par comparaison, affirmer notre existence. A l’instar d’un boxeur dans sa salle de mise en condition, nous utilisons les Mourides et leurs références comme punching ball. Il en est de la réalité comme de la métaphore : plus fort le coup est donné, plus dangereux la cible revient avec le risque de faire encore plus mal au cogneur, qui finit par s’essouffler avant de s’asseoir lessivé. En attendant de revenir le lendemain. A la reprise, l’équipement n’aura pas changé, c’est le boxeur qui, avec le temps prendra sa retraite, même sans avoir jamais remporté un seul titre.

Nous n’avions pas vu que, dans les campagnes du Baol, du Saloum et du Ndiambour notamment, ceux qui étaient confinés dans les daaras et préposés aux taches agricoles – mourides surtout – étaient en train de se préparer à devenir les élites politiques, intellectuelles et économiques du Sénégal. Nous les traitions comme quantité négligeable. Voilà que, remontés de leurs champs, cases et hameaux du Baol et d’autres zones de traditions proches, ils raflent tout.

On les voit meilleurs dans la mémorisation et la reproduction du Coran, plus forts dans le secteur du Commerce, présents dans les activités de services, étudiants ou enseignants dans des universités un peu partout dans le monde, bâtisseurs indépendants et solidaires de lieux de culte et résidences pour les hôtes à TOUBA, leur capitale spirituelle. Difficile de faire mieux.

Grands voyageurs devant l’Eternel, ils édifient des Maisons dédiées à leur Guide et ouvertes à tout Sénégalais dans différentes grandes villes des pays d’accueil de la Diaspora. Hommes et femmes, ils s’ouvrent à tous les courants et modes de vie, avec une incontestable capacité de discernement et de compréhension des affaires du Monde. Grands débatteurs quand on les y convie, les télévisions se les disputent.

Malgré tout ce côté mondain qu’ils arborent quand c’est nécessaire, ils sont prêts, ce que nous peinons à comprendre, à laisser costumes et cravates à la maison, pour se métamorphoser quasiment. Ils s’agenouillent devant une autre personne, physiquement constituée comme eux – existe-t-il de prophète en bois ou en fer ? – dans l’espoir d’ajouter toujours plus, aux moyens de consolider les places que nous leur envions maintenant. En sus, ils attendent encore plus, outre-tombe.

Pour avoir lu, relu le Livre Sacré et diverses sources religieuses, ils savent qu’Allah qui pourvoit en tout, écoute les prières de celui dont l’œuvre de vénération du Maitres des Monde et de haute considération pour l’Envoyé de l’Eternel, est d’une pureté qui défie les temps. Nous les prenions pour des incultes. Les voilà sur les deux rives, d’une part, de la modernité dont ils maitrisent les subtilités et pièges civilisationnels, d’autre part de la tradition islamique dont leur guide suprême a contribué à maintenir la flamme dans ce pays.

Nous ne les avons pas vu venir et voilà qu’ils nous laissent derrière. Comme disait Al Maktum, cet autre esprit d’une insondable dimension intellectuelle et spirituelle, s’exprimant dans une adresse impersonnelle et générale, nous pouvons observer la manière de marcher de celui qui va devant nous pour nous attarder ensuite dans des commérages, pendant que lui poursuit son chemin. C’est parce que la caravane passe, que les chiens aboient.

Ne pouvant espérer les rattraper, nous insultons nos compatriotes mourides, insultons leurs références spirituelles, haïssons cette ville qu’ils continuent de construire, développer et moderniser, avec comme conséquences prévisibles, l’infiltration de la cité par des personnes peu recommandables qui y posent des actes, comme on en voit dans les plus grandes métropoles du Monde.

C’est également cela l’universalisme. Les moins bêtes d’entre nous le savent, mais pourquoi le reconnaître. Dans les rangs serrés et ordonnés de notre cible, nous avons l’occasion de voir quelques brebis égarées. Nous ne nous priverons pas de prendre prétexte de leur sortie de voie, pour aboyer derrière le berger.

Restons sur notre ligne de déviance et de défiance, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur. N’arrêtons surtout pas d’insulter et de médire. Nos devanciers nous ont transmis le flambeau, nous n’avons pas le droit de nous soustraire à nos responsabilités. Hélas nos rangs se dégarnissent parce que des nôtres rejoignent ces rustres talibés dans leur manière de conquérir le monde, après avoir enraciné et consolidé leurs bases religieuses islamiques chez eux.
Je viens de tomber fort heureusement sur la conversation entre deux cousins de sensibilités différentes mais capables de dépassement.

Voici ce qu’il ce sont dit
Le premier : « Sama wadji ne tombe pas dans le piège de ceux qui ont installer ce débat de compétition. Focalisons nous sur ce qui nous unis et non sur ce qui nous différencie. Les gens qui nous tympanisent à longueur de journée dans ces télés propagandes sont une minorité. Nous sommes tous Sénégalais et musulmans.

La réponse de l’autre : « Mon cher cousin c’est juste un éclairage parce que nak quand c’est seuls les ignorants qui parlent cela risque de flouter le jugement de ceux qui aspirent a la compréhension et à l’amour de Dieu. On pensera que les «tarikhas» défendent autre chose que la religion de Dieu, ce qui est totalement faux d’ailleurs. Le coran nous enseigne qu’il faut reconnaître tous les prophètes sans exception. Ainsi, nous devons saluer l’esprit de tous ces Saints qui n’avaient qu’un seul but : adorer Dieu, mais aussi amener les gens à suivre les enseignements de l’Islam. Ce sont là des exemples que nous devons suivre sans faire de discrimination ».

Bassirou Bakhoum 

Eternel Mouride

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