Coronavirus : Le cri du cœur des étudiants sénégalais à Wuhan, « Sommes-nous toujours sénégalais? »

L’épidémie du Coronavirus prend davantage de proportions inquiétantes et coïncide avec le statu quo général des autorités sanitaires de la Chine et du monde qui tardent à trouver un remède efficace. La barre des 1000 personnes décédées du fait de ce virus est dépassée sans compter que plusieurs pays commencent à noter des cas. Dans ce lot de désolation et d’impuissance, des pays africains dont le Sénégal n’ont pas encore pris des mesures de rapatriement de leurs ressortissants et, cette situation participe à installer une psychose et un sentiment d’injustice.

Joint au téléphone à travers sa famille, Boubacar Touré doctorant à China University of Geosciences témoigne de son inquiétude et de celle des autres étudiants africains qui partagent le même sort que lui. « Nous nous trouvons dans l’épicentre de l’épidémie et pratiquement au niveau de mon université où je suis avec deux compatriotes, une colonie africaine de 51 personnes composée de maliens, camerounais, ivoiriens et guinéens, nous sommes les seuls car les autres ont été évacués par leur représentation diplomatique vers des villes plus clémentes ».

Pour Boubacar, « On nous a dit que les étudiants sénégalais qui sont à Wuhan University of Technology sont également dans la même situation mais, nous ne souhaitons qu’une chose, c’est d’être évacués d’ici le plutôt possible. Car, nous sommes coupés du monde et nous ne pouvons plus utiliser certaines applications de nos téléphones comme WhatsApp, Facebook ou FaceTime pour être en contact avec nos parents ».

Étudiants africains en Chine, une importante communauté bénéficiaire des bourses de l’état de chinois pour la plupart, vivent dans le désarroi le plus total

En Chine, les étudiants africains forment la deuxième population étudiante après les Asiatiques. Mais depuis la déclaration du Covid-19 le 11 janvier et la mise en quarantaine de la ville de Wuhan le 23, certains d’entre eux se sentent laissés pour compte. Comme Boubacar Touré, ils sont encore des centaines à être coincés à Wuhan et dans la province environnante du Hubei. Avec des publications sur les réseaux ainsi que des lettres à leurs gouvernements et ambassades, ils appellent à l’aide et demandent à être rapatriés.

Pour l’heure, sur le continent, seuls l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Mauritanie ont pu faire revenir leurs ressortissants. Profitant d’un avion affrété par l’Algérie, des étudiants libyens ont également été évacués.

Une situation qui fait dire à Boubacar et à ses compatriotes, « Sommes-nous vraiment importants pour le Sénégal et quand est-ce que ça va finir »?

Dès le début, nous avions eu à envoyer des messages et des photos de ce qui se passait ici à l’entame du mois de janvier mais, personne ne nous a pris au sérieux malheureusement, renseigne l’étudiant sénégalais. Pour ce dernier, « Les autorités médicales chinoises pour ce qui nous concerne ici à Hubei, font le nécessaire pour sauver tout le monde. Nous sommes astreints comme les étudiants asiatiques aux mêmes consignes , c’est à dire le port du masque et l’interdiction de s’éloigner du campus ».

La ville est en quarantaine et nous sommes bloqués dans nos cités universitaires et nous ne voulons pas être oubliés surtout que personne n’ignore ce que nous vivons ici. Il est dur de voir d’autres pays rapatrier leurs étudiants et, de notre côté, être encore dans l’attente d’une action concrète de notre pays.

Nous sommes à ma connaissance 53 étudiants africains actuellement à Wuhan University Technology. Nous avons un groupe de discussion sur l’application chinoise WeChat pour se soutenir en attendant la fin de ce calvaire.

Pas de rapatriement pour nous car hors de portée des moyens de l’état

Pour Boubacar, « Quand le président des étudiants sénégalais à Wuhan, Becaye nous a informé que l’État nous a envoyé une aide financière de 600 000 francs CFA par étudiant bloqué à Wuhan. Une mesure que nous avons jugé insuffisante même si nous avons loué le geste car, au même moment l’épidémie devenait « de plus en plus alarmante ». Et en plus, « Nous sommes coupés du reste du monde ».

Les parents de ces étudiants se sont même rassemblés en collectif pour demander leur retour. Le président Macky Sall a répondu par la négative, jugeant « hors de portée » pour son pays le rapatriement de ces étudiants, faute de moyens logistiques pour les acheminer et les accueillir en toute sécurité.

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