Chronique : Application des mesures édictées contre le Coronavirus , le « Respectez mais nous pas » qui dérange

En décrétant l’état d’urgence et un couvre-feu ‪de 20 à 6 heures du matin le 23 mars dernier, le Président Macky Sall avait réussi à obtenir un « plébiscite » des sénégalais toutes couches confondues‬. Des mesures exceptionnelles prises par Macky Sall pour lutter contre la propagation du covid-19 dans le pays mais, le récent ballet au Palais de la République a fait naître un scepticisme poussant certains à s’interroger si la première institution du pays ne s’exposait pas trop où n’en fait-il pas un second round du Dialogue National qui tarde à démarrer.

Les premiers à s’interroger sont les médecins et autres personnels du secteur médical qui piaffent d’impatience de voir le Président Macky Sall installer le Conseil Scientifique comme cela se passe dans presque tous les pays affectés. Au delà de cette exigence, les blouses blanches craignent que l’exposition du Président de la République peut avoir un effet néfaste sur les consignes de semi confinement sur les Sénégalais.

Alors que l’Arrêté ministériel interdit formellement les rassemblements, les contacts et tout autre moyen susceptible de propager le Coronavirus, les sénégalais assistent médusés à des audiences tout azimuts que Macky Sall accorde. Pourtant, dans l’un de ses premiers discours après la découverte des premiers cas positifs de Covid-19, le Chef de l’état avait annoncé la suspension du calendrier républicain pour donner le bon exemple.

La toute dernière interrogation agitée par les médecins , »Qui conseille le Président » quand on sait qu’il n’existe pas encore de Conseil Scientifique même si l’implication du Professeur Moussa Seydi n’est pas à relativiser reste un expert en maladies infectieuses reconnu par ses pairs dont  »l’activisme » n’est que le reflet de l’urgence d’une situation que le gouvernement a laissé pourrir depuis le début.

« Durcir les mesures et pourquoi pas le confinement total si les choses empirent », selon le Professeur Seydi Chef du Service des Maladies infectieuses avec ce qui apparaît comme un tâtonnement au sommet 

Une multiplicité d’avis qui fait écho à celle qui frappe le sommet de l’État, tâtonnant entre la gestion d’une crise sanitaire qu’il a été incapable de prévenir et anticipation d’une crise économique désormais inévitable.

Entre les déclarations mitigées d’un ministre et les comportements contradictoires du Chef de l’état et certains ministres, une question de pose : ce pays est-il encore gouverné ?
La première salve vient du ministre de la Santé. En première ligne dans la gestion de la crise sanitaire, Abdoulaye Diouf Sarr a été éclipsé par Macky Sall qui a rappelé que la durée de 12 jours de confinement était une durée minimale, notant qu’aucune durée maximale n’était pas pour l’instant prévue mais était dans l’ordre du possible.

Une occasion de préparer le terrain aux députés qui doivent se pencher sur la loi d’habilitation à voter cette semaine, autorisant certainement le confinement total rejeté par les composantes de la société à défaut son durcissement.

En cause ? Le nombre d’abus constatés depuis le début de l’état d’urgence et l’existence « d’oublis ». Le gouvernement semble avoir compris quelque chose que 2020 n’est pas 1988 ou 1968 : l’échec de la planification. La machine étatique est incapable de saisir la subtilité de l’action des individus.

Ne pas avoir prévu la crise se ressent dans les prises de décision et déclaration de plusieurs ministres. On tâtonne, et l’interdiction de vente du pain dans les boutiques du ministre du Commerce dans un pays aussi mal structuré a jeté un peu plus le flou sur les mesures gouvernementales.

Une fois de plus, on a du mal à comprendre l’objectif réel du gouvernement. On marche sur la dette en plus de marcher sur la tête, et ce à grands coups d’incitations faisant payer au secteur privé et au citoyen l’inconséquence du gouvernement.

Une cacophonie de moins en moins supporté surtout avec le défilé d’audiences au Palais alors que le pays vit un confinement qui ne dit pas son nom.
Outre les plaintes quotidiennes des Sénégalais sur l’opacité des mesures gouvernementales, les professionnels de santé, éreintés par près d’un mois de lutte, sont de plus en plus nombreux à  »manifester leur mécontentement ». En témoigne le flou dans lequel les jeunes médecins doivent pratiquer en pleine pandémie, mais également celui dans lequel vivent les personnels scolaires. Ces derniers ont subi de plein fouet l’impréparation du ministère à quelque mois des épreuves du brevet et du baccalauréat.

Cette incohérence gouvernementale est de moins en moins bien supportée dans le secteur du BTP, où les consignes gouvernementales sont impossibles à respecter de par la nature même de l’activité de construction. Il faudra donc faire un choix entre la continuation de l’activité et le respect des consignes sanitaires. Un choix déjà fait par le Patronat dont la participation à l’effort de guerre contre le Coronavirus, a littéralement énervé Macky Sall.

L’État a-t-il failli quand on sait que depuis l’apparition du Coronavirus s’en décembre à Wuhan pratiquement rien n’a été fait ?

Le rôle d’un chef de l’État est d’anticiper le futur, d’avoir une vision permettant de fixer les grandes orientations d’un pays. Or, Macky Sall semble naviguer à vue, et la cacophonie suscitée par ces audiences « inconcevables » dont les sénégalais sont les spectateurs incrédules n’est que l’incarnation politique du « en même temps » qui caractérisait déjà le candidat de la Rupture ! à la présidentielle de 2012. Cette posture parachève la faillite du système politique, à la fois autoritaire et incapable de prendre des décisions.

Les soutiens de l’exécutif auront beau jeu d’expliquer que ce virus était et est encore largement inconnu. La connaissance du Covid-19 est l’affaire des scientifiques. L’inconnu fait partie de leur métier. Prévenir, en revanche, fait partie de la fonction politique, et les moyens de le faire étaient là. La Chine a servi d’éclaireur, suivie de l’Italie. Macky Sall n’était pas un capitaine perdu dans le brouillard. Il lui suffisait de suivre en évitant les obstacles.

L’État a donc failli dans sa mission la plus élémentaire : assurer la sécurité des Sénégalais.

Pape Sané

Journaliste Spécialiste des
Questions de Défense et Sécurité
Email : paysane@yahoo.com

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